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Groupe phare des années 70, le McCartney's Band aura été la plus brillante reconversion d'un ex-Beatles en solo, alignant les hits mondiaux et les concerts gigantesques. Lucy In The Web fait la lumière sur ce combo pourtant mal connu et sous-estimé malgré une carrière des plus enviables. |
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Interview de Denny Seiwell - Mai 2001
Entrevue exclusive réalisée par Jeb Wright, de Albright Entertainment Group, en Mai 2001, à l’occasion de la commercialisation de Wingspan
Jeb : Tout d’abord, je tiens à vous remercier de m’accorder un peu de votre temps dans votre planning chargé. Il semble qu’il y ai un retour en force des Wings en ce moment !
Denny : En effet ! C’est très agréable et nous sommes tous très excités par cet événement. Je connais le contenu du CD, mais je suis très impatient de voir le film, car je leur ai donné quelques courts métrages que j’ai réalisés par le passé. Il s’agit de quelques prises en super 8 que j’avais l’habitude de prendre derrière la scène. Ils ont nettoyé les bandes et les ont ajoutées dans le film.
Jeb : Que savez-vous du documentaire ?
Denny : La fille de Paul, Mary, a réalisé quelques vidéos de famille. Une nuit, Paul l’a observé et a dit : « Pourquoi ne ferions-nous pas quelque chose sur la chronique des Wings ? ». Ils y ont travaillé et ont déniché des vieilles vidéos. Paul s’est laissé interviewer par Mary. C’est vraiment un effort de famille. Il y a quelques prises live aussi, je pense que va être un moment vraiment agréable.
Jeb : Le CD sortira pour accompagner le documentaire ?
Denny : Oui, je comprends qu’ils expédient des millions d’exemplaires sur le champ. C’est très agréable d’avoir cette compilation des plus grands succès.
Jeb : Comment êtes-vous devenu un des Wings ?
Denny : J’étais un batteur de sessions à New York. J’y ai joué sur beaucoup de titres. Paul est venu à New York et a improvisé une audition clandestine. Il a aperçu une douzaine de batteurs de tous niveaux ; j’étais l’un d’entre eux. J’ai été appelé dans un bâtiment n’ayant même pas de studio sur la 43ième rue. Cela ne semblait pas très prometteur ! Je suis descendu dans un vieux sous-sol miteux avec un jeu de tambours, et Paul et Linda étaient assis là. A ma grande surprise, il a dit : « Nous regardons juste quelques batteurs ». Je leur ai demandé « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? », je me suis assis, j’ai joué un peu et ai obtenu le travail. Ce fût aussi simple que cela.
Jeb : Paul sortait tout juste des Beatles. Y avait-il une adversité ou compétition entre Paul et John au temps où vous enregistriez ?
Denny : Ca se passait peut-être mais nous n’en avons rien su. Paul ne nous le faisait pas ressentir et nous étions totalement isolés de ce qui se passait entre eux. Les gens nous demandaient beaucoup de jouer des airs des Beatles mais nous répondions : « Nous sommes les Wings, il s’agit d’un nouveau groupe, et nous n’allons pas jouer des chansons des Beatles avec les Wings ! » Paul était aussi doux que possible avec les gens et leur disait juste que nous jouions notre propre musique à présent.
Jeb : Quand vous avez commencé à enregistrer, étiez-vous en Angleterre ?
Denny : RAM a été réalisé à New York. Quand nous nous sommes rencontrés il y avait juste Paul, un joueur de guitare et moi. Dave Spinoza était celui là mais nous avions besoin d’introduire un autre joueur de guitare. J’ai recommandé Hugh McCracken, il est arrivé et a fait le reste de l’album.
Jeb : Avez-vous été impliqué dans l’écriture des titres ?
Denny : Non, Paul avait déjà les chansons. Nous allions au studio tous les jours et trouvions Paul sur sa guitare ou assis au piano. Nous avions nos partitions toutes prêtes et enregistrions. C’était aussi simple que cela.
Jeb : Avez-vous été fatigué du traitement des médias ?
Denny : Les médias britanniques sont les pires de tous. Ils ont très mal traité Linda. Le legs de Paul au monde est assez incroyable, les médias auraient pu être plus agréables avec lui.
Jeb : Quel est le moment le plus mémorable pour vous sur scène avec les Wings ?
Denny : Nous avons fait une tournée inattendue où nous sommes allées d’une Université à l’autre sans connaître le planning à l’avance. Nous n’avions même pas assez de matériel et nous avions seulement répété quelques chansons, c’était grand !
Jeb : En regardant derrière vous, 30 ans plus tard, vous doutiez-vous vraiment que les Wings deviendraient aussi importants ?
Denny : Pour sûr ! Le plus dur était que tout le monde nous comparait aux Beatles. Paul essayait de repartir d’une manière totalement différente. Nous voulions donner au monde un regard réel, vrai et honnête du rock’n’roll avec le premier album « Wings Wild Life ». Paul ne fût pas heureux des réactions sur l’album Wild Life. J’ai lu qu’il estimait que ce n’était pas l’un de ses meilleurs efforts musicaux, pourtant, encore aujourd’hui les gens me disent que cet album est l’un de leurs favoris. Je trouve aussi qu’il y a de très bonne chose dedans.
Jeb : Qu’avez-vous fait depuis les Wings ?
Denny : Je suis parti en Californie, je fais beaucoup de télévision et de films. Je travaille avec un compositeur du nom de James Newton Howard. Nous venons de faire Atlantis qui sort le mois prochain, et avons réalisé l’année dernière Dinosaure. Nous avons fait aussi Waterworld et The Postman. J’ai beaucoup travaillé pour la télévision avec Steve Picaro, un des musiciens du groupe Toto. Lorsqu’ils ont besoin d’un musicien un peu spécial ils me passent un coup de fil. Peu importe qu’il s’agisse de jouer de la batterie ou les percussionnistes dans un orchestre.
Jeb : Préférez-vous le travail en studio ou en live ?
Denny : Ouais. J’aime avoir cette lumière rouge des projecteurs sur moi. Vous êtes là, avec les meilleurs musiciens au monde. Vous déchiffrez la musique la plus difficile qui a été écrite. À la fin de la journée, vous êtes fatigué, mais vous savez que vous avez gagné votre vie. Il n'y a pas beaucoup de types qui arrivent à faire ce que je fais pour vivre. J’en suis très fier.
Jeb : Autre chose d’intéressant ?
Denny : Je continue à travailler avec Bob Dural, un camarade qui a fait du Schoolhouse Rock. J’ai fait l’enregistrement original avec lui. Il était à New York pour deux semaines, et nous avons passé une nuit entière dans un endroit appelé Knitting Factory. C’était moitié jazz moitié Schoolhouse Rock. Regardez mon site internet : www.dennyseiwell.com, j’y ai mis quelques morceaux réalisés ensemble. Je fais le tour des Universités et donne quelques conseils dans le monde de la batterie. Je veux leur montrer ce que ça fait d’être un musicien de studio pendant une journée. J’ai beaucoup d’informations que j’ai pu collecter tout au long des années. Je peux vraiment leur montrer tout du début à la fin. Je peux mettre les étudiants en situation réelle de studio et leur expliquer sa conception, puis les laisser se lever et essayer de faire la même chose.
Jeb: Comment prenez-vous une chanson, en tant que batteur, pour y replacer tout le sens émotionnel que le compositeur a voulu retranscrire ?
Denny : Tout ce que j’ai a faire, c’est écouter cette musique avec mon cœur. Vous sentez ensuite ce qui peut aller, puis il suffit de trouver une partie qui pourrait convenir, tout en restant à l’écart du sens important comme le chant ou la mélodie. Il ne reste qu’à jouer ceci avec virtuosité. Ça doit rester simple. Vous devez mettre du groove et que ça swing.
Jeb : Combien de tournées avez-vous faites avec les Wings ?
Denny : J’en ai fait trois. The unannounced, La tournée British University, puis une tournée européenne. Nous avons fait une tournée britannique appropriée pour les théâtres et les salles de concert.
Jeb : Etait-ce différent des autres tournées que vous avez faites ? Est-ce qu’elles étaient plus impressionnantes ?
Denny : Pas vraiment. La tournée Universitaire était très intéressante parce que nous avions un autobus anglais à deux étages avec des matelas sur le toit pour pouvoir bronzer au soleil du sud de la France. Nous avons été reçus dans des Châteaux et d’excellents hôtels. L'autobus roulait seulement à 35 km/heure. Si nous nous trouvions dans le besoin de nous rendre à plus de 150 milles, nous empruntions des voitures plus rapides pour nous rendre là à l'heure ! C'était très amusant. Nous avons vraiment voyagé comme une famille. Nous avions les gosses et les chiens. C'était beaucoup de plaisir sur la route.
Jeb : Etes-vous resté en contact avec les membres des Wings ?
Denny : Oui. Pendant une longue période. J'ai évité Paul parce que je pensais qu’il me détestait d’avoir quitter le groupe. Un jour, il y a cinq ou six ans, j'ai décidé de l'appeler et de lui dire à quel point j’étais désolé. C'était la décision la plus sage que j'ai jamais prise. C'est finalement mon seul regret dans la vie. J'ai pris la décision de partir hâtivement. Je me suis mis en contact avec lui, puis Linda est décédée et je suis vraiment devenu proche de Paul. Je lui parle régulièrement, toutes les deux semaines environ. Je l'appelle à la maison et nous bavardons en repensant aux vieux jours. Maintenant que Wingspan s’apprête à sortir, je passe un peu plus de temps à planifier les évènements et à travailler.
Jeb : Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?
Denny : C'était une combinaison de différents facteurs. Henry, notre guitariste, venait de quitter la bande. On l’a forcé à partir. Paul avait besoin de lui pour réagir dans un certain sens ou de le quitter, et il a décidé que ce serait plus facile de partir. J’ai essayé de faire remplacer Henry avant d’enregistrer Band On The Run. Nous étions vraiment devenus un bon groupe de direct. Il y avait également pas mal de business dont nous ne nous sommes pas occupés. J’estimais que cela devenait un peu trop futile. Les années passaient, et nous n’étions pas prêts … c’était les seventies. Je travaillais les mêmes choses depuis trois ans. Paul est le meilleur musicien de la planète. C’est un excellent auteur et chanteur. Denny Laine également, mais ils ont une conduite de vie différente. Ils n’ont pas la même formation que moi, et j’ai commencé à tout oublier. J’ai pensé alors qu’il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas, et que peut-être il était temps pour moi de partir. Ce n’était pas la meilleure solution finalement.
Jeb : Avez-vous été impliqué entièrement dans Band On The Run ou bien avez-vous coupé tous les ponts entre vous ?
Denny : J'ai coupé tous les ponts la nuit où nous sommes allés au Niger pour enregistrer. Il a utilisé toutes mes parties de batterie parce que nous avions fait toutes les répétitions. L'album était prêt et nous étions prêts également. Alors Henry est parti et je suis parti. Je suppose que cette situation est arrivée plus tard avec les autres types du groupe à cause de quelques discordances musicales.
Jeb : Avez-vous été surpris par le chemin qu’à pris cet album en décollant des charts ?
Denny : J'ai été si blessé par la cession de mon obligation face aux Wings, que je n'y ai prêté aucune attention pendant des années. Je suis réellement devenu amer pendant longtemps, je dois dire. Ce furent les années les plus sombres de ma vie.
Jeb : Pourquoi avez-vous décidé de changer ? Pourquoi avez-vous dit, « J’en ai assez d'être amer » ?
Denny : L’amertume n'est pas la chose la plus agréable que l’on puisse avoir en tête. J'ai pensé que si j'ai continuait à ressentir la situation alors j'allais gaspiller beaucoup de mon temps. Je me suis dit qu’il fallait bien réagir. J'ai dû tout remettre derrière moi parce que c'était une des périodes les plus intenses de ma vie. C'est probablement la chose la plus profonde qui ne m’est jamais arrivée dans ma carrière. Je veux que cela connaisse une fin heureuse. Ce n’est pas bon pour l’esprit de garder ça en soi. Vous devenez alors un peu plus mûr et vous commencez à vous chercher et à vous poser des questions nettement plus spirituelles sur la planète et l’univers. Vous voyez alors ce qui vous vient à l’esprit et ensuite quand le bon moment est arrivé, ces choses s’effacent petit à petit.
Jeb : Quels sont les meilleurs moments que vous gardez des Wings ?
Denny : Il y en a tant eu ! Le premier concert en France était très spécial. Nous étions effrayés. La presse du monde entier était là-bas. C’était dans un amphithéâtre, en plein air. Linda était elle-même effrayée. Elle pleurait sur mon épaule en disant : « Je ne veux pas aller là-bas. ». Je lui ai répondu « Viens baby, nous y allons ». C'était un moment très spécial. Un des autres moments les plus incroyables de ma vie est arrivé le jour où le téléphone a sonné à New York et ma femme a décroché, c'était Paul McCartney qui souhaitait que je travaille pour lui sur l’album RAM. J’ai sauté dans la maison comme un fou ce jour-là.
Jeb : Tout le monde parle fréquemment de Paul, à juste titre, mais y a t-il quelque chose que vous souhaiteriez dire sur Linda ?
Denny : Elle était la « Earth Mother ». Elle avait une profondeur d’âme incroyable. Nous avons tous nos qualités et nos défauts, mais Linda était incroyable. Elle voyait les choses en noir et blanc. Elle avait toujours raison sur l'argent. Elle était la meilleure mère. Je n'ai jamais vu de meilleurs parents ou un couple plus proche qu'ils ne l’étaient. Elle était une photographe incroyablement douée. Même si elle n’avait l’organe pour chanter les parties parfaitement dans le ton, elle a toujours donné le meilleur d’elle-même. Elle me manque. Le jour où j'ai appris sa mort fût vraiment triste pour moi.
Jeb : Y a-t-il des souvenirs fous ou drôles dont vous vous souvenez avec les Wings ?
Denny : Il y eut un matin, lors de la tournée des Universités de Grande Bretagne, lorsque Heather, leur plus grande fille, est venue. Je ne sais pas si je dois même vous raconter cela ! C'est mignon. Que diable, je suis sûr que Paul n'y verrait pas d’objections. Heather frappait à toutes les portes en disant : « Levez-vous ! Levez-vous ! Habillez-vous vite, les flics sont là ! ». Apparemment, le type qui servait le petit déjeuner, apportait toujours des choses dégoûtantes à Paul. Peut-être les chiens étaient-ils morts sur l'herbe, je ne sais pas ? Il l’a donc heurté avec son coude. Le type en colère a appelé la police. Alors nous étions vraiment une : Band On The Run ! Nous avons roulé sous les lits, puis sauté dans le van et sommes partis ! C'était très amusant !
Il y avait tant de souvenirs mémorables. Je n'oublierai jamais cela : nous étions dans une petite chambre d'hôtel au nord de l'Angleterre. Linda marchait dans la pièce. Henry portait des chaussettes. Il avait beaucoup bu, à tel point qu’il avait oublié de les enlever. Ca puait. Linda marchait toujours puis s’est exclamée : « Qu'est-ce que c’est que cette odeur ? » Nous l'avons envoyé se nettoyer et ces deux petites vieilles dames l'ont pris à la maison et l'ont lavé. Elles nous l’ont finalement rapporté et ont dit : « C'est le mieux que nous puissions faire, mais il pue toujours. »
Krystel & Coyote - Novembre 2001 © LucyInTheWeb
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