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La séparation des Beatles marquait la fin des Sixties et élevait le groupe au rang de mythe.
Beaucoup d'encre a coulé à son sujet, pour vous Lucy tente d'en expliquer les véritables raisons. |
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1968 : Arrivée de Yoko et tensions en studio
Les séances du Double Album Blanc débutèrent à Abbey
Road le 30 mai 1968. C'est par le titre Revolution 1
que les Beatles commencèrent.
Yoko Ono fut présente dans les studios aux cotés de
Lennon dès cette première séance.
John & Yoko avaient "consommé" leur amour pour la
première fois une quinzaine de jours auparavant,
lorsqu'ils avaient enregistré leur album expérimental
"Two Virgins" dans le "studio" privé que John avait
aménagé dans sa première maison de Weybridge.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'à cette
époque-là, John Lennon est un homme fragilisé par un
état dépressif grandissant, et cela pour au moins cinq
raisons:
- Brian Epstein n'est donc plus là;
- Le LSD lui a grignoté l'esprit et l'égo;
- Paul est devenu de fait le meneur du jeu;
- Il s'ennuie à mourir avec sa gentille mais
désespérément "normale" première épouse Cynthia
Powell;
- Il sort tout juste du fiasco philosophique de la
Méditation Transcendentale et de sa relation avec le
douteux gourou Maharishi Mahesh Yogi...
Tout cela fait beaucoup pour un seul homme...
Un homme qui, de surcroît, a toujours été fragile, en
recherche d'un "tuteur", d'une lumière qui le guide,
et cela depuis l'enfance et cet "abandon" traumatisant
qu'il ressentit au départ de son père Fred...
A ce moment précis (mai 1968) de la vie de Lennon
donc, l'arrivée de la très forte personnalité
inattendue, libérée et radicalement différente d'une
femme comme Yoko Ono NE POUVAIT QUE faire des
étincelles...
PAUL : John avait besoin que Yoko soit là. Je ne peux pas le lui reprocher, ils étaient intensément amoureux, dans les affres de la première passion. Mais c'était plutôt démoralisant de la voir assise là sur un des amplis. (...) Ca a été un moment très difficile. J'ai le sentiment que quand John a fini par quitter le groupe, c'était pour laisser la place à cette relation. Tout ce qui avait précédé Yoko signifiait que la place n'était pas nette.. (...) Ca peut paraître amusant avec le recul, en fait c'était une sorte de plaisanterie. Mais à l'époque, il s'agissait de nous, de notre carrière. On était les Beatles, après tout ! Et voilà que cette fille... On avait l'impression d'être ses courtisans, c'était horriblement gênant. Il y a eu beaucoup de tensions pendant l'élaboration de l'album "Blanc".
GEORGE : Il serait sans doute injuste de tenir Yoko pour seule responsable de toutes les ruptures, parce que de toute manière, on en avait déjà connues pas mal à ce moment-là. Chacun partait de son côté. Mais elle a peut-être été le catalyseur qui a accéléré le processus, quel qu'il ait été. Je ne regrette pas tellement tout ça, mais à l'époque, sa présence me mettait vraiment mal à l'aise.
JOHN : Je ne faisais plus attention à eux. Ce n'était pas délibéré, c'est seulement que j'étais trop engagé, absorbé par ce que nous faisions tous les deux. Nous regardions autour de nous, et nous nous apercevions qu'on ne nous approuvait pas. Je comprends ce qu'ils ressentaient, parce que si Paul, George ou Ringo était tombé amoureux de quelqu’un et s'était totalement investi ...
 
A ce contexte psychologique personnel de John s'ajoute
une atmosphère de lassitude à couper au couteau dès
les premiers instants de travail pour le Double Album
Blanc... Phénomène regrettable mais simplement humain,
que l'on peut facilement comprendre si l'on met à plat
quelques éléments.
Les Beatles vivaient pratiquement ensemble et les uns
sur les autres depuis 10 ans; ils avaient tout connu
ensemble, tout fait ensemble, tout expérimenté
ensemble; après le sommet artistique et créatif de
Sgt. Pepper, il avait été très difficile d'enchaîner;
la pression s'était donc encore accrue; l'éreintement
critique généralisé de leur film Magical Mystery Tour
avait laissé à toute l'équipe comme un goût amer, leur
démontrant qu'ils n'étaient pas infaillibles; Leur
périple indien, dernière expérience commune en date,
s'était terminé en queue de poisson; ils y étaient
arrivés ensemble et en étaient repartis séparément...
Et c'est ce groupe de quatre jeunes hommes qui
s'étaient déjà trop vus, et qui en avaient déjà marre
des uns et des autres, qui se retrouve fin mai 1968
enfermé à Abbey Road, sommé de pondre un nouvel album
5 mois à peine après le précédent, et 2 mois après le
dernier single!!!... On comprend dès lors pourquoi les
séances se passèrent houleusement.
D'ailleurs, l'ennui déçu de Ringo Starr devint si rude
qu'il claqua la porte et s'absenta une quinzaine de
jours au mois d'Août.
RINGO : Je suis parti parce que j'éprouvais deux sentiments. Celui de ne pas très bien jouer, celui que les trois autres étaient vraiment heureux et que j'était un étranger. Je suis allé voir John. (...) Je lui ai dit : "Je quitte le groupe parce que je ne joue pas bien. Parce que j'ai l'impression de ne pas être aimé, d'être exclu. Alors que vous êtes tellement proches tous les trois. John m'a répondu : "Je croyais que c'était vous trois qui étiez très liés !" (...) J'ai dit : "Je pars en vacances." J'ai pris les gosses et je suis parti pour la Sardaigne.
Mais en ce qui concerne Yoko Ono, ce qu'il faudrait
comprendre enfin aujourd'hui semble-t-il, c'est
qu'elle n'a pas été LA raison, ni même UNE raison dans
la séparation des Beatles, mais bien plus la logique
CONSEQUENCE d'un contexte vaste et détestable sur la
personnalité problématique et émotionnellement
tourmentée de John Lennon.
Si en mai 1968, Lennon s'était pris d'une furieuse
passion pour la pêche à la ligne, on dirait
aujourd'hui que c'est la pêche à la ligne qui a fait
éclater les Beatles...
Affirmer, comme il est de coutume universelle, que
Yoko Ono est responsable de la désintégration des
Beatles est absurde, parce que c'est prendre le
problème à l'envers.
C'est le contexte qui a amené Ono, et pas Ono qui a
créé ce contexte.
MeeK - Coyote & Krystel
Mai 2002
© LucyInTheWeb
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