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Dans la fameuse biographie Many Years Form Now, de Barry Miles (1997) traduite par MeeK, Paul McCartney revient largement sur l'un des albums mythiques des Beatles, Rubber Soul.
Lucy vous présente quelques morceaux choisis... |
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Michelle
Sur Rubber Soul se trouve également "Michelle" qui devint par la suite l'un des titres les plus diffusés de tous les temps en radio. C'était l'une des plus anciennes mélodies de Paul, écrite à l'époque où il était au Liverpool Institute.
PAUL : Michelle est un air que j'avais écrit dans le style du jeu au picking de Chet Atkins (le Picking est le fait de jouer de la guitare en pinçant une ou plusieurs cordes à la fois, de manière indépendante et ouvragée). Il avait fait une chanson qui s'appelait " Trambone " avec une ligne répétitive dans les aigus, et il jouait une ligne de basse en même temps qu'une mélodie. C'était une innovation pour nous; bien que les guitaristes classiques le faisaient, les guitaristes de Rock ne l'avaient jamais fait. Les premières personnes que l'on ait connues et qui utilisaient la technique du picking sont Chet Atkins et Colin Manley, l'un des gars du Remo Four de Liverpool, qui le faisait très bien, on s'arrêtait pour l'admirer. Plus tard, John a appris de Donovan ou de Gipsy Dave comment faire un picking très Folk qu'il a utilisé sur "Julia". Moi je n'ai jamais appris celui-là. Mais en me basant sur le " Trambone " de Atkins, je voulais écrire quelque chose qui ait une mélodie et une ligne de basse en même temps, alors je l'ai fait. C'était juste un instrumental en Do.
Il y avait un mec du nom de Austin Mitchell qui était l'un des profs de John aux Beaux Arts et qui organisait toujours de grosses soirées chez lui qui duraient toute la nuit. On pouvait draguer des nanas là-dedans, ce qui restait la principale préoccupation de chaque instant; on pouvait aussi boire à l'œil, ce qui était la deuxième préoccupation; et d'une façon générale, on pouvait s'y laisser vivre. Je me revois assis là-bas, dans un pull à col roulé noir, l'air énigmatique, en train de jouer cet air un peu français. J'avais pour habitude de faire croire que je parlais français, parce que tout le monde voulait être comme Sacha Distel, ou alors comme Juliette Greco, qui était en fait celle à qui on voulait ressembler, même si elle était une femme, parce qu'elle avait tout compris: ce truc existentialiste français, quand ils s'habillaient tous en noir avec des cols roulés et qu'ils descendaient dans ces clubs bohémiens. C'était la bohème ! Alors moi je traînais sur les canapés en chantonnant ça. C'était moi et mon instant Maurice Chevalier/Juliette Greco, histoire d'avoir l'air mystérieux pour que les filles se disent " mais qui c'est ce français super intéressant là-bas dans le coin ? " J'utilisais cette chanson pour ça littéralement, et John savait que c'était l'un de mes numéros.
Des années plus tard il m'a dit " tu te souviens de ce truc français que tu faisais dans les soirées chez Mitchell ? " Je lui ai dit oui. Il m'a dit " et bien c'était une joli mélodie, tu devrais faire quelque chose avec ". On était toujours en train de chercher de nouvelles mélodies parce qu'on faisait beaucoup d'albums à cette époque, il fallait quatorze chansons par album, et en plus il y avait les singles à sortir entre les albums, alors il fallait beaucoup de matière première. J'ai fait comme il m'a dit.
Paul avait maintenu les liens amicaux qui le liaient à Ivan Vaughan, l'homme qui lui avait présenté John Lennon. Ivan et Paul avaient beaucoup en commun; jusqu'à leur jour de naissance à Liverpool. Jan, la femme d'Yvan, enseignait le Français, et un jour que le couple rendait visite à Paul à Winpole Street, Paul lui demanda de l'aider pour les paroles.
PAUL : J'ai dit "j'aime le prénom Michelle, peux-tu trouver quelque chose en français qui rime avec Michelle ?" Et elle a dit "ma belle". J'ai dit "qu'est-ce que ça veut dire ?", "My beauty", j'ai dit "c'est bon, une chanson d'amour, super". On a discuté et j'ai dit "comment on dit words that go together well", "sont les mots qui vont très bien ensemble". J'ai dit "d'accord, ça colle". Et elle m'a un peu dit comment le prononcer et voilà. J'ai pris ça de Jan et, des années plus tard, je lui ai envoyé un chèque. Je pensais que je lui devais bien ça parce qu'elle est quand même le co-auteur de ce truc. A partir de là j'ai assemblé les couplets.
L'autre point intéressant est qu'il y avait un accord très jazzy dedans: "Michelle, toooiing, ma belle". Ce deuxième accord. C'est un accord qu'on a utilisé deux fois avec les Beatles: une fois à la fin du solo de George sur "Till There Was You" et une fois là. C'est un accord que nous avait montré un guitariste de jazz qui s'appelait Jim Gretty et qui travaillait derrière le comptoir chez Frank Hessey's où on achetait nos instruments à Liverpool. Alors Jim Gretty nous avait montré ce super accord jazzy, et la vache! C'était assez compliqué! George et moi, on l'a appris de lui.
John écoutait pas mal le "I Put A Spell On You" de Nina Simone dans lequel elle répète "I love you, I love you..." et lorsque Paul chantonna l'air de "Michelle" à John, celui-ci lui suggéra d'utiliser ces mots en accentuant le "love" pour en faire un pont.
PAUL : Le "I love you, I love you, I love you" n'était pas dans l'original. L'original, c'était juste le refrain. Ca sonne comme du Nina Simone, je le vois bien. Dix sur dix.
Je me souviens particulièrement bien de "Michelle". Ce fut très facile à mixer parce qu'on l'a juste fait sur quatre petites pistes. Il n'y avait pas de grosses décisions à faire, on les avait toutes faites au moment de l'écriture et de l'enregistrement. On mixait le tout, et ça prenait quelque chose comme une demi-heure peut-être. Et puis ça atterrissait sur une étagère dans la boîte d'une bande quart de pouce. Et voilà. C'est tout ce qu'on a fait pour "Michelle". On l'a jamais remixée en Dance ou en mix Funky. Ca n'a pas été plus long que ça, et c'est toujours là, c'est toujours une chanson très populaire, toujours en train de comptabiliser des passages en radio: quatre millions de passages. Tout ça à partir de cette petite chose. Effort minimum, coût minimum, tout minimum. C'est parfait, on l'a faite de la meilleure façon qui soit. Quand je donne des conseils aux jeunes groupes d'aujourd'hui, je leur dis toujours: écrivez des trucs très bons, répétez-les pour bien les connaître, ayez une bonne relation humaine ente vous, entrez en studio, enregistrez-les de la plus simple façon possible, mixez-les le jour même et basta. J'aimerais pouvoir suivre mon propre conseil.
J'ai croisé David Bailey (le photographe, à l'époque marié à Catherine Deneuve) à l'Ad Lib peu de temps après que ce soit sorti et il m'a dit "ce Michelle, euh, c'est bien du second degré, non? C'est pour rire, hein?" Il pensait que c'était une parodie d'une chanson française, ce qui par bien des aspects était exacte. Il trouvait ça rigolo. Je lui ai dit "va te faire foutre!", assez vexé qu'il ait pensé que c'était une blague. Je me sentais plutôt insulté. Mais je savais ce qu'il voulait dire.
Extrait de " Many Years From Now " (Barry Miles/Paul McCatney),
traduit et adapté de l'anglais par MeeK
Illustrations : Bridget, Geeloo, Krystel & Coyote
Septembre 2002
© LucyInTheWeb |
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