lucy in the web - la passion des Beatles
|
plan du site | contact

interactif

recherche

à l'honneur

La chanson de Lucy, par Mumu

DVD Plastic Ono Band
DVD Plastic Ono Band

Bonsoir Paris, les Beatles et la presse française
Bonsoir Paris, les Beatles et la presse française


Retrouvez régulièrement sur Lucy toute l'actualité de John, Paul, George, Ringo et tout ce qui a trait de près ou de loin aux Beatles. Nous collectons et recoupons pour vous les informations aux quatre coins de la Toile pour ne vous donner que le meilleur et le plus juste possible. Bonne lecture !


Samedi 19 juin 2004 :

George Martin à la Sorbonne, par MeeK, Filou et lady_leb


George Martin, c'est avant tout pour moi un gentleman. LE parfait gentleman anglais: tout en distinction, en élégance, en flegme et en retenue subtilement ironique.

La conférence doit commencer à 16 heures, dans l'amphithéâtre Guizot de la Sorbonne. Nous sommes un peu en avance. M'apprêtant à pénétrer dans la cour intérieure, je vois soudain arriver sur le trottoir d'en face George Martin, accompagné de sa femme Judy et de l'organisateur de la conférence, enseignant en musicologie d'après ce qu'on m'a dit...

Emotion de voir arriver le plus simplement du monde cette longue silhouette courbée, ce vieux visage familier, comme s'il sortait du DVD de l'"Anthologie"...
Sa voix grave raisonne fort sur les hauts murs des couloirs de la Sorbonne: le vieux monsieur est "très sourd" selon ses propres termes. Il écoute donc tous ceux qui lui adressent la parole en se penchant vers eux, formant avec sa main un pavillon supplémentaire à son oreille droite et ponctuant les propos de ses interlocuteurs de très sonores: "Splendid! I see! Of course!" qui font sursauter tout le monde.

Et dès l'entrée de l'illustre producteur (à la retraite), le ballet démarre pour ne plus se terminer: les "présidents" des fan-clubs en tout genre s'agrippent à lui pour ne plus le lâcher, les flashs crépitent (certains ont la grossièreté de continuer à le mitrailler pendant toute la conférence, l'aveuglant de leurs flashs agressifs et crispants), les pochettes de Sgt. Pepper valsent autour de lui, on lui présente des livres qu'on a écrits et dont il se moque, on lui pose des questions qu'ils ne comprend pas, les flashs continuent, les pochettes valsent de plus en plus vite..
Surplombant la nuée de son air mi-goguenard, mi-fataliste, George Martin garde l'imperturbable élégance qui lui va si bien, et lorsque quelqu'un l'agace, il fait mine de ne pas l'avoir entendu, ce qui est finalement plutôt pratique ("Je suis très sourd, vous vous rappelez?")



La conférence a pris un peu de retard: il était apparemment prévu que George Martin agrémente son exposé de petites démonstrations avec son et image... L'ordinateur a planté, il devra s'en passer.
George Martin improvise donc... Enfin pas tout à fait... Il est évident qu'il n'"improvise" pas. L'orateur a de l'expérience, son ton est précis, lent, les ponctuations sont nettes, les respirations étudiées, les célèbres petites anecdotes sont toutes là, racontées avec exactement les mêmes mots et les mêmes intonations que dans l'Anthology", dans "The Compleat Beatles, " dans "Imagine John Lennon"... C'est incroyablement professionnel, peut-être même un peu trop... En l'écoutant parler à 10 mètres à peine devant nous, j'ai à plusieurs reprises l'impression de voir un acteur sur pilote automatique. Des phrases qu'il a de toute évidence prononcées des milliers de fois s'enchaînent toutes seules, comme si Martin avait enclenché le "George Martin's Conference, modèle universitaire, take 3", avant d'aller se rasseoir sur sa chaise juste à côté, laissant la machine faire son travail programmé...

Mais en fait, tout cela n'a pas d'importance. C'est le souffle du personnage qui est beau. C'est sa vieillesse qui est belle... Même cette évidente fatigue, sous laquelle il semble plier plusieurs fois durant son monologue, est émouvante... Et puis l'émotion de le voir en chair, en os et en transpiration. Oui, le mot "émotion" est le bon pour moi, et c'est cette petite chose qui m'intéresse avant tout: l'émotion. Je me rends compte que je me fous des petites anecdotes que je connais comme tout le monde depuis 20 ans. L'émotion me suffit...

... Exactement comme lorsque je suis allé voir McCartney à Bercy l'année dernière. A la limite, je me foutais bien de l'entendre chanter "Hey Jude" ou "Yesterday" pour la quatre milliardième fois... L'émotion de le voir enfin devant moi était tout ce qui m'importait. Juste le fait de me dire: "Et bien voilà... Ce gars que tu aimes depuis tant d'années et que tu as tant écouté, il est là. C'est lui... Il ressemble à ça. Ce n'est rien de plus. Un être humain en somme. Il transpire comme toi, et si ça se trouve, juste après, il ira faire pipi."

George Martin se lance dans son long monologue par un facétieux: "Je vais avant tout me mettre à l'aise si vous le permettez", et il ôte sa veste, dénoue sa cravate et laisse sa chemise déboutonnée (chemise qui finira la conférence marquée par deux immenses auréoles de sueur.)
Sa vie professionnelle et les années défilent devant nous. Une sagesse aussi. Un recul... Et finalement une autre époque, bien loin de la nôtre.

George Martin nous raconte sa carrière, la sienne, depuis son entrée chez EMI en 1950 à l'âge de 24 ans, à l'époque où le courant électrique à Abbey Road était si irrégulier que les graveurs de disques étaient régulés par un système de poids comme les vieilles horloges (puisque "la gravité, elle, ne fluctue jamais!"), jusqu'à son travail avec les Beatles.

Il nous parle de ses débuts de producteur de disques de comédie. De sa première production: un disque comique avec Peter Ustinov chantant de l'opéra! Ses patrons à EMI croyaient si peu au potentiel commercial du disque qu'il ne le firent presser qu'à 200 exemplaires!... Qui s'arrachèrent en 3 heures dans le grand magasin HMV d'Oxford Street le matin de sa sortie, ce qui fit comprendre à George Martin qu'il venait de faire son premier succès de producteur!
Il nous parle d'un second disque: un duo comique entre Peter Sellers et... Sophia Loren!
Il évoque son premier patron, un monsieur qui dirigeait le minuscule label Parlophone, qui était un "idiot" mais qu'il aimait beaucoup...

Il nous parle de ce petit label qui, au départ, était le pauvre petit dernier de chez EMI: "Le petit Parlophone était minuscule, et n'avait pas de vedettes signées... Les autres avaient Sinatra, Elvis..."

Il nous raconte sa première rencontre avec Brian Epstein, "désespéré de s'être fait rejeté par tous les autres labels de l'époque... Je lui ai dit: 'Mais enfin, tous ces refus, ça ne vous a pas suffi? Vous n'apprenez donc jamais?...'"

Jouant d'une guitare acoustique imaginaire, George Martin nous imite John Lennon en train de lui chanter pour la première fois "Living is easy with eyes closed..."... Et dans un regard soudain illuminé, nous dit que c'était la plus belle chose qu'il avait jamais entendue.

Il nous parle de la séance d'enregistrement de l'orchestre symphonique de "A day In The Life", et de l'odeur de l'encens et de joints qu'il y avait ce soir-là dans l'"immense studio n° 1 d'Abbey Road".

Et puis après Sgt. Pepper, après Peter Sellers, après John, après Brian Epstein, termine son exposé par un simple et direct: "Voilà. Je crois que notre petite discussion s'achève."
Puis il se rassoit, visiblement las et en nage.

L'organisateur de la conférence, après que les applaudissements se soient dissipés, nous invite à poser des questions à Sir George Martin, "en les écrivant sur un bout de papier."

Je ne sais quoi lui demander... Je griffonne à la va-vite un imbécile: "Quelle a été votre attitude par rapport au 'Revolution 9' de John sur l'Album Blanc?"...

George Martin regarde, stoïque, toutes les questions et en choisit quelques-unes unes. Je l'ai observé lorsqu'il a lu la mienne. Son visage est resté parfaitement impassible. Il n'y a pas répondu. Trop bête comme question. Je le savais, mais ça n'a aucune importance.



Les questions vont de l'Ile de Montserrat dont Martin s'occupe (île sur laquelle il avait construit son beau studio et qui fut détruite il y a une quinzaine d'années par une irruption volcanique), jusqu'à la marque du magnétophone 8-pistes utilisé sur "Abbey Road" (des Studer et une autre marque que je n'ai pas retenue...)
Non, il n'est pas sûr que les nouvelles technologies profitent tant que cela à la création, parce qu'aujourd'hui "tout est tellement facilité par la technique, qu'on n'a plus envie de travailler et de chercher... Il suffit d'appuyer sur un bouton et on a tout ce qu'on veut!"
Quelqu'un en profite pour lui demander s'il écoute toujours des maquettes de nouveaux groupes. Il répond par un franc et appuyé "Non!" Il a écouté "trop de musique" dans sa vie et il en est devenu "très sourd!", ce qui fait qu'aujourd'hui, il n'écoute que de la musique classique, "parce que les concerts rock me fatiguent et sont désagréables à mes oreilles fatiguées."

Il dit alors bien distinctement à l'organisateur: "Bon. Je crois qu'on a fait le tour de tout je crois, qu'en pensez-vous?"

Tout le monde se lève et l'applaudit. Il sort très rapidement par la seconde porte de l'amphithéâtre.

Je suis ravi de l'avoir vu. Et j'ai essayé de "boire" sa sérénité, de l'aspirer... J'ai essayé de "boire" son intelligence et son recul. C'est ça que je voulais surtout, sa sérénité. C'est beau un vieux monsieur qui a eu une belle vie intéressante. C'est ça qui est beau et important, et c'est de voir ça qui m'intéressait. Les pochettes de Sgt. Pepper et l'anecdote de la cravate n'ont finalement aucune importance.

Thank you, sir! I love your shirt!

MeeK




Filou et lady_leb étaient également présents lors de cette conférence exceptionnelle. Tout d'abord, Filou nous livre ses impressions et aborde ici le contenu de la conférence :

A y est !
On a vu le George Martin ! (à prononcer djôrdj Mortine )

Du Tles, encore du Tles, plein de Tles !!!
Bref, du bonheur !



En tout, il est resté une bonne heure dans une chaleur torride... et s'en est allé rejoindre sa petite-fille et se rafraîchir autour d'une bonne tasse de thé

C'est dans la première partie de la conférence qu'il a largement évoqué l'état des studios dans les 50's, à l'époque où il a été embauché pour la première fois.
Notamment de vieilles bécanes avec des espèces d'immenses cylindres qu'un technicien devait remonter à la manivelle avant de le laisser descendre doucement pour graver la galette de vinyle (ou je ne sais quelle matière était utilisée dans les années 50). Du moins, c'est ce que j'ai cru comprendre
Inutile de préciser qu'il ne s'agissait pas de rater son coup...

Concernant les Goons, il les a aussi largement évoqués en précisant que ses boss étaient plus que réticents à l'idée d'enregistrer une bande de comiques alors qu'ils étaient spécialisés dans la musique.
Mais comme il avait eu un véritable coup de foudre en entendant Peter Sellers à la radio, et que ça ne se faisait pas à l'époque, il sentait que ça pouvait fonctionner sur disque.

Et du coup, il ajouta avec son humour particulier qu'il décida d'intituler ce premier disque
The Best Of Peter Sellers. L'album devint un grand succès et je crois même qu'il en fit alors 3 dans la foulée...

Il a toujours été très pote avec Sellers et c'était sûrement aussi ce genre d'humour qui le rapprocha des Tles, non ? D'ailleurs Ringo en particulier garda aussi longtemps beaucoup d'affinités et d'amitié avec lui.

Ensuite, il évoqua aussi la suite où il fut chargé de prendre la direction des studios de EMI. Modestement, il avoua que cette prise de responsabilité était probablement due au fait que les studios ne marchaient pas trop fort et étaient sur le point de mettre la clé sous la porte .

Mais également au fait qu'il devait être le moins cher

Mais c'est le genre de challenge dont il a toujours été friand... Et c'est sûrement ce même genre de challenge qui le poussait à prendre des risques là où les autres hésitaient à en prendre (cf. le refus de toutes les maisons de disques avant lui).

Une autre chose qu'il affirma est que ce qu'il appréciait le plus avec les Tles, c'est leur capacité à proposer des nouveaux trucs à chaque prise. Il était impressionné par leur aptitude à "l'étonner" en donnant à chaque fois une interprétation différente et en évoluant aussi rapidement dans le travail de studio.

D'ailleurs, il leur aurait dit, avant de les signer définitivement, que tant qu'il continueront à l'étonner de cette façon, ils feraient du bon boulot ensemble
Je crois que c'est en effet ce qui fait partie de leur grande force, non ?

Une dernière anectode, il nous fit part fut son étonnement face aux Beatles lors de leur première rencontre.
Sachant qu'à l'époque, ce qui marchait fort, c'étaient des chanteurs comme Cliff Richard (qui "pouvait faire un Hit rien qu'en reprenant God Save The Queen ou la Marseillaise" selon se propres dires), il leur demanda qui est le leader du groupe ?

Qui est le Elvis ???

Il comprit rapidement qu'il ne s'agissait pas d'un chanteur accompagné d'un groupe mais de quatre artistes à part entière, avec chacun sa personalité, son talent... et que le tout formerait très vite un cocktail explosif !


Filou




Enfin, c'est au tour de lady_leb de nous faire partager ce moment un peu surréaliste...

J'arrive à la Sorbonne just in time et je croise un Filou égaré (rah la la) qui cherchait désespérément l'amphi.
Après avoir tourné en rond pendant 5 min on parvient enfin à trouver cette satanée salle…

Et « oh surprise », au moment ou on s'apprête à rentrer, George Martin sort de la salle. Filou le poursuit, tel un chasseur chassant sa proie. Quant à moi, je réserve deux places le plus prêt possible de l'espèce de scène. La conférence commence : pendant une heure le George va parler non stop, à propos de diverses choses concernant les hits des Beatles et de son expérience personnelle au sein du groupe (c'était pas trop sur « L'évolution des techniques d'enregistrement des années 50 à nos jours » en fait). Après trois questions posées par le public, le George part rejoindre le président de la Sorbonne, poursuivit telle une proie par un Filou et une lady_leb plus que jamais déchaînés.
Sans succès.

Ils nous ont fermé la porte du bureau du président au nez.
Les bougres.

Soudain sa petite fille arrive, espoir... On était quatre, oui QUATRE à attendre devant cette porte. QUATRE. Elle dit "ah vous deux vous pouvez rentrer", avec un grand sourire.

C'était les deux autres.
Je vous laisse partager ma... Je préfère me taire.

Après 20 minutes à poiroter, on redescend, prêts à partir, et soudain Filou, (oeil d'aigle) "mais c'est eux derrière!". On court comme des malades vers eux, Filou essaye d'amadouer le George, sans succès, il nous a envoyé balader, son agent nous a fait savoir que son train était dans 30min et qu'il n'avait pas le temps de signer.

Grrrrr...
Bon enfin sinon, à part cette histoire d'autographe raté (sauf pour Filou qui a réussi à en avoir un quand George est sorti de la salle au début), c'était très sympa. La salle était bondée, et franchement c'était un privilège d'être là (même si je comprenais un mot sur deux - ou trois par moment! )

lady_leb


En savoir plus :



haut de page MeeK, Filou et lady_leb
© lucyintheweb.net







Les 10 derniers articles parus sur lucy :

Vendredi 165 mai 2009 :
Beatles Live Festival en province
Lundi 17 novembre 2008 :
L'inédit Carnival Of Light Rave
Mercredi 1er octobre 2008 :
Beatles Day de Mons (Belgique) : toutes les...
Dimanche 31 août 2008 :
Virtua Beatles Music: le musée virtuel de l...
Mercredi 20 août 2008 :
Journée Beatles à Salon de Provence le 25 o...
Jeudi 24 juillet 2008 :
Paul et Nancy à ... Nancy!
Dimanche 20 juillet 2008 :
L'auto-biographie de Brian Epstein enfin tr...
Dimanche 25 mai 2008 :
Sortie du DVD Plastic Ono Band (Classic Alb...
Dimanche 20 avril 2008 :
« All Together Now » à paraître en juin pro...
Dimanche 20 avril 2008 :
ABBEY ROAD en concert en Belgique (Nandrin)
Voir les articles archivés :2007, 06, 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, 98
sondage

Le Beatles Day de Mons :
J'y vais tous les ans
Occasionnellement
Déja fait une fois
J'ai très envie
Pourquoi pas...
M'intéresse pas

résultat
anciens sondages

infos du site
Recevez toutes les nouveautés du site

les actus
Recevez les actualités par email

partenaires


Hit-Parade


publicité




© lucy in the web - 1998-2008
Déclaration CNIL n°1043671